
De ma fenêtre
J'ai pris de la hauteur, j'ai pris de la largeur, presque de l'infini,
De ma fenêtre, au troisième étage, de l'est à l'ouest,
Je suis le chemin du soleil à la lune,
Celui du vent à la pluie qui tantôt de l'est, tantôt de l'ouest,
font se courber mes chèvrefeuilles, clématites et rosiers grimpants.
De ma fenêtre je suis comme un gardien de phare qui ne verrait jamais le nord,
toujours cap vers le sud, là où l'horizon est le plus dégagé,
à peine ourlé des collines de la forêt de Montmorency.

Oh! je vois déjà l'image idyllique que vous êtes en train de vous faire!
Alors je recommence:
de ma fenêtre double vitrée , blanche uniforme,
je vois une ville qui continue sa croisade sur les arpents restants de végétation encore insoumise.
Nouveau quartier construit clef en main
qui continue de vider Paris et sa proche couronne de ses âmes.
La chenille C se glisse à mes pieds, elle n'est pas très bruyante, ni brillante,
mais dans le neuf-cinq, nous vivons à son rythme avec sa soeur, la chenille A.
Qu'importe, je ne vois que le ciel, le soleil et la lune.

Assise à mon bureau, du côté oriental,
laissent mon regard s'échapper vers ce collier de perles dorées
formées par l'éclairage de l'Artère 15 qui va droit au coeur parisien;
Par ma fenêtre celtique, les voisins en blocs
prennent la forme de tours de vigie qui me mettent à l'abri;
leurs trouées multicolores s'évanouissent au fur et à mesure que les heures avancent
puis recommencent à zéro.
Les chenilles alors s'arrêtent et les parois verre-d'eau de la station me fixent.
Je me sens bien, ni trop près du sol, ni trop loin de la terre






