lundi 14 avril 2008

Lettre aux parents: grève le 15 avril



Lettre aux parents

Madame, Monsieur,

Comme nombre d’enseignants des écoles d’Ile de France, nous serons en grève le 15 avril.

C’est un choix que nous ne faisons pas à la légère, mais bel et bien parce qu’aujourd’hui nous estimons que les conditions de réussites de nos élèves sont menacées par les annonces du Ministre de l’Education nationale.

Ainsi, le « projet de nouveaux programmes » nous interpelle. Alors que ceux en vigueur aujourd’hui n’ont fait l’objet d’aucune évaluation, le ministre décide unilatéralement de les supprimer pour en imposer d’autres. Présentés dans les écoles, ces nouveaux programmes prônent l’automatisation et la répétition quasi-systématique. Ils constituent à ce titre une très inquiétante régression pédagogique puisqu’ils ne prennent pas en compte la façon dont les élèves apprennent à l’école. C’est pourquoi ils sont unanimement dénoncés par les chercheurs en science de l’éducation, les enseignants, les associations de parents d’élèves, les mouvements complémentaires de l’école. Pourtant le ministre s’arc-boute sur son projet … refusant d’entendre nos arguments et nos attentes.

De la même façon, avec la mise en place des stages de « remise à niveau » et la réaffectation des heures supprimées du samedi matin, le traitement de la difficulté scolaire renvoyé hors du temps scolaire. Présentés comme une solution miracle, ces dispositifs ne peuvent aucunement remplacer le travail long et difficile que constitue l’aide aux élèves en difficulté… un travail, qui pour nous, peut et doit se faire sur le temps de classe, grâce à des dispositifs variés et l’intervention de personnels spécialisés. Choisir une autre voie, laisser croire que tout se résoudra pour ces enfants par encore plus d’école, c’est prendre le risque de pointer ces élèves en échec, de les stigmatiser davantage, sans donner plus de sens à leurs apprentissages, ni développer leur autonomie.

Pourtant, en tant qu’enseignants, nous avons des propositions concrètes. Répondre aux difficultés des élèves et bâtir une école de la réussite de tous les élèves passe par :

- la réduction des effectifs par classe afin de mieux répondre aux besoins de chaque élève,

- l’organisation de séquences de travail en petits groupes et l’intervention de maîtres supplémentaires,

- des maîtres spécialisés intervenant dans les réseaux d’aide, des maîtres recrutés et formés et en nombre suffisant,

- le développement du travail en équipe pour les enseignants, le renforcement de la formation initiale et continue.

- le remplacement des maîtres absents afin d’assurer la continuité des enseignements…

Mais toutes ces mesures, qui déjà étaient présentes lors du « grand débat sur l’école » nécessitent de véritables moyens… des moyens pour une école plus performante, plus équitable.

Aussi, c’est pour refuser ces mesures ministérielles dangereuses pour l’école et avancer nos propositions, nous serons en grève le mardi 15 avril 2008.

Nous comptons sur votre soutien. C’est ensemble, parents et enseignants, que nous pourrons construire l’école de la réussite pour tous.

preuve par Darcos lui-même (vous connaissez tous maintenant la vidéo)

Darcos a certainement "appris" la règle de trois à l'école élémentaire
- il n'était sans doute pas mauvais élève
- s'il a eu la "chance" d'être dans une classe traditionnelle
(si ce n'était pas le cas il penserait autrement !)
il aappris par coeur la mécanique et l'a appliquée avec attention et réussite
- résultat, quelques années plus tard il n'y comprend plus rien
- faut-il d'autres preuves de l'inefficicité de ce type d'enseignement ?

c'est la différence entre dressage et apprentissage

2 commentaires:

LV a dit…

Pour les ceusses et les ceussesses qui ne connaissent pas encore la vidéo de Xavier Darcos :
http://www.wat.tv/video/
darcos-piquet-kork_gmzs_.html

LV a dit…

« Darcos, t'es foutu… »

Avec i>Télé, la chronique de Nicolas Domenach, directeur-adjoint de la rédaction de Marianne.

Les dirigeants de la majorité sont inquiets. Et pour cause : il y avait, hier, dans les rues de Paris, du monde, beaucoup de monde, du beau monde, des jeunes, des très jeunes. Des enseignants et des parents aussi, mais surtout beaucoup, beaucoup, beaucoup de jeunes. Et ça c'est un problème, un gros problème pour les sarkozystes qui redoutent qu'il y en ait encore davantage demain. Car l'offensive médiatique de Xavier Darcos n'y a rien fait. Sa dénonciation sur tous les fenestrons télévisuels de «la manipulation» des jeunes par les professeurs n'a en rien entamé la mobilisation des collégiens et lycéens contre la diminution du nombre de postes et la réforme du bac professionnel. A écouter les chants et les slogans, à suivre ces cortèges juvéniles débordant d'énergie et d'envie d'en découdre, de vaincre, de décrocher une victoire sur le pouvoir comme leurs grands frères, comme leurs pères, on peut douter de l'essoufflement souhaité par le ministère de l'Education.
Le gouvernement a raison de se faire du souci. D'abord parce que son argumentation ne prend pas. Pourtant, il y aurait eu quelques raisons de plaider qu'en dépit d'une amélioration de l'encadrement professoral ces dernières années la situation des élèves ne s'était pas grandement améliorée. Il y avait effectivement à repenser la qualité et les performances du système éducatif. Mais c'est d'abord la logique comptable qui a paru prévaloir. Et ce sont pour commencer les lycées de banlieue, déjà en difficulté, qui ont semblé les premiers à faire les frais, très frais, des suppressions de postes. Manque de respect, atteinte à l'esprit de justice… alors que l'école est pour eux le moyen, le dernier moyen de s'en sortir, d'échapper à la relégation banlieusarde, voilà que l'administration paraissait vouloir le mettre encore plus à mal. «Touche pas à mon ascenseur social» - fût-il déglingué -, voilà le mot d'ordre qui a précipité des foules si nombreuses sur le pavé.
Quand le dentifrice est sorti du tube, il est difficile de l'y faire rentrer. Même avec l'aide des vacances scolaires, les collégiens et lycéens ne retourneront pas en classe facilement. D'ailleurs, les dates de manif ont déjà été fixées pour mai, avec le renfort des syndicats des profs et des associations de parents. Il faudra bien que Darcos prenne une initiative, évolue encore davantage. Déjà, il a abandonné la posture marmoréenne – «je ne cèderai pas» - pour une ébauche de dialogue, mais qui prélude à quelles ouvertures ? A quels reculs ? Un Grenelle de l'éducation demain ?
Dans les partis, chacun, à droite comme à gauche, garde en mémoire les camouflets que les écoliers, lycéens, étudiants, enseignants ont infligés aux pouvoirs en place. Aux pouvoirs de droite, mais pas seulement, puisque, après la loi Devaquet en 1986, Jospin, ministre de l'Education, avait dû lui-même reculer en 1990, puis ce fut la débâcle du CIP du Premier ministre Edouard Balladur, en 1994 et, ensuite, en 1999, l'échec de Claude Allègre alors cornac du mammouth qui le piétinait. Mais les députés UMP ont gardé en mémoire plus vive encore le retrait, la retraite générale de la loi Fillon sur le bac puis la bérézina du CPE. Alors tiendra ? Tiendra pas ?
Le Premier ministre a juré, après son humiliation passée d'ex-ministre de l'Education désavoué par le président Chirac, qu'on ne l'y reprendrait plus. «Je tiendrai, répète Fillon, et je soutiendrai Darcos». Mais faut-il rappeler que celui qui lâcha très vite lors de manifs contre le CPE, ce fut le ministre de l'Intérieur de l'époque et président de l'UMP, Nicolas Sarkozy, aujourd'hui chef de l'Etat ? Ce fut lui qui négocia aussi le retrait du CIP sous le gouvernement Balladur. Le président sait faire preuve de souplesse élastique, mais il doit aussi tenir compte de sa majorité de droite qui, elle, ne veut plus de retraite à la Chirac dès qu'il y a deux poussettes, trois landaus, quatre rollers et cinq vélos dans la rue.
Ces élus conservateurs aussi veulent «liquider l'esprit de 68», se venger de cette humiliation passée. Pourtant, que de différences avec «le joli mois de mai». Les manifestants d'aujourd'hui n'enlèvent pas les pavés pour découvrir la plage. Ils ne veulent surtout pas y rester, à la rue. Ils réclament plus de profs, alors que les soixante-huitards contestaient radicalement l'autorité au point d'écrire sur les murs «ne dites plus bonjour monsieur le professeur, dites crève salope…». Aujourd'hui, il n'est de rouge que le tapis que les élèves déroulent aux enseignants sous leurs pieds.
Pourtant, il y a quand même des points communs. La preuve, et ce n'est pas un hasard, la sortie, aujourd'hui, du film de Martin Scorsese sur les Stones. Et cette chanson qui fait à nouveau un malheur, en particulier chez les plus jeunes : «I can't get no satisfaction».

Mercredi 16 Avril 2008
Nicolas Domenach